Le tabagisme chez les femmes au Nigeria: Implications pour les politiques antitabac au Nigeria

Le Nigeria est sans doute le pays le plus peuplé sur le continent africain, avec une population de plus de 160 million d’habitants, dont la moitié est composée de femmes. Le taux du tabagisme est signalé comme étant relativement faible chez les femmes nigérianes, précisément à un pour cent seulement. Mais ces taux  faibles donnent une occasion potentiellement énorme à l’industrie du tabac pour accroitre ses parts de marché, notamment chez les femmes en Afrique.

Malgré le faible taux  du tabagisme chez les femmes nigérianes, il existe une disparité dans la prévalence parmi les sous-groupes tels que les jeunes filles et les travailleuses du sexe: les taux déclarés chez les jeunes filles (de 13 à 15 ans) dans certains états sélectionnés au Nigeria semblent être plus élevés que ceux de leurs homologues plus âgés, à en croire  l’Enquête mondiale sur le tabagisme chez les jeunes (GYTS) de l’Organisation mondiale de la santé menée au Nigeria en 2008. Si l’on juxtapose cette enquête avec le tabagisme chez les femmes nigérianes dans l’ensemble des  populations (moins d’un pourcent au total), presque 10% de jeunes filles dans certains des sites du GYTS n’avaient jamais fumé, dont la moitié fume toujours. Le nombre de filles déclarées susceptibles de commencer à fumer au cours de la prochaine année était plus élevé que chez les garçons malgré le fait que les jeunes garçons fument plus que les jeunes filles.

On dispose d’une bonne documentation pour montrer que des groupements professionnels spécifiques de femmes (par exemple des travailleuses de sexe (TDS) ont comparativement un taux plus élevé du tabagisme contre la femme nigériane moyenne. Une étude a montré que le taux du tabagisme chez les travailleuses de sexe habitant dans des maisons closes rien que  dans l’état de Lagos environne les 20.8%I Ce chiffre représente deux fois celui des hommes nigérians dans l’ensemble des populations.

La protection des femmes et jeunes filles contre l’exposition de fumée secondaire (FS) fait objet d’une autre préoccupation. Ceci est particulièrement important dans un pays comme le Nigeria où la majorité des femmes sont non-fumeuses. Cependant, un grand nombre d’entre elles sont exposées aux dangers de la fumée du tabac. Selon le rapport de l’Enquête du tabagisme chez les jeunes de l’Oms de 2008, un quart des filles dans l’un des états où l’enquête a été menée  déclare la présence de FS dans les foyers, et presque la moitié dans les espaces publiques.

Pour conclure, et plus important, c’est l’influence du marketing par l’industrie du tabac sur l’initiation au tabagisme qui constitue le plus grand danger. Les stratégies de marketing adoptées par l’industrie du tabac avec des thèmes d‘images corporelles, la mode et l’indépendance adoptée dans les pays industrialisés pourraient augmenter l’attrait pour les cigarettes et menacer les femmes dans les pays en voie de développement comme le Nigeria. L’industrie du tabac est connue pour parrainer des défilés de mode à l’instar du défilé de mode Benson and Hedges.

Le Nigeria a signé la Convention cadre de l’Oms pour la lutte antitabac (CCLAT) en 2004 et l’a ratifiée en 2005. Depuis lors, des tentatives de faire signer la loi antitabac nigériane (NTCB) se sont heurtées à des obstacles malgré plusieurs efforts déployés par les militants de lutte antitabac.

Les points saillants de la NTCB sont les suivants:

  • La mise en place du Comité national de lutte contre le tabagisme
  • Une interdiction  de fumer dans des lieux publics
  • Une interdiction de la ventes de produits de tabac aux et par les mineurs
  • Les mises en garde sur les méfaits du tabac sur les paquets de cigarette (au moins 50%, les images pourraient être entérinées par le ministre)
  • Une interdiction de la promotion de produits de tabac
  • Application par les agents autorisés ainsi que les pouvoirs de ces agents

L’adoption de la loi antitabac serait un grand pas pour la lutte antitabac en vue d’aider à protéger les Nigérians, notamment les femmes et les jeunes filles. Il est recommandé que des efforts soient intensifiés afin de prévenir une hausse dans le taux de prévalence chez les femmes, fournir des programmes et services pour aider les fumeuses actuelles à quitter, notamment au Nigeria où des services de sevrage du tabac sont presque non-existants.

Oluwakemi Odukoya MBBS, MPH, FMCPH, est un médecin et enseignant en santé publique au département de la santé communautaire et des soins primaires, Faculté de médecine, Université de Lagos, Etat de Lagos Nigéria